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40 000 ans
40 000 ans Collectif (2013–2014)

Cette publication collective numérique réunissant les contributions de 55 artistes de l’Europe, des États-Unis, du Canada et du Québec, fait d’Avatar le premier centre d'artistes à éditer une publication électronique de cette envergure.

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Cette publication se compose de propositions aux approches diversifiées et rend compte des multiples croisements de pratiques. Repoussant les limites du livre électronique et utilisant au maximum les capacités des tablettes numériques, cette publication offre d’expérimenter des œuvres audio, vidéos, photographiques et textuelles, la plupart inédites et spécialement créées pour l’occasion. Cette constellation d’œuvres d’artistes avatariens vous sera offerte gratuitement dès le samedi 21 septembre 2013 sur Itune Store et en version web au http://avatarquebec.org/40000ans. 

40 000 ANS
La girafe s'amuse toujours

 

Avatar célèbre son vingtième anniversaire. Pour cette occasion, « La girafe » vous offre cette publication collective numérique réunissant, tel un autoportrait instantané capté à un moment précis de sa trajectoire, les contributions de cinquante-cinq artistes, auteurs, collaborateurs et amis. Cette collection se compose de propositions aux approches diversifiées et rend compte des multiples croisements de pratiques qui caractérisent l’organisme. En ce sens, art audio et art électronique représentent davantage l’épicentre d’une manière de faire et de penser le monde, de le voir, de l’entendre, de le désirer et de s’y engager qu’une discipline.

Idées, projets et collaborations alimentent Avatar, et ce qui est célébré ici, ce sont les artistes qui les activent et qui les mettent en œuvre. L’invitation à participer à la publication a donc été lancée sans thématique préétablie. Elle conviait à prendre part à ce projet avatarien, tout autant exploratoire dans son contenu, libre, que dans sa forme, celle du livre électronique.

D’une manière imagée, on pourrait dire que cette publication détient pour Avatar un sens symbolique, semblable à celui qu'ont les Golden Records, transportés par les sondes interstellaires Voyager, pour l’humanité. Elle envoie un signal. De même, s’il est impossible de résumer une aventure humaine ou artistique en quelques éléments-clés, dans le cas du voyage interstellaire comme pour celui de la girafe, ce sont certainement des circonstances improbables, de l’audace et des associations fructueuses qui permettent aux rêves les plus incroyables de devenir des projets réalisés.

Nous avons appris que les sondes Voyager ne se retrouveront pas à moins de 1,7 année-lumière d'une autre étoile avant 40 000 ans. Entre 20 et 40 000 ans, passé et futur se confondent. Quelle différence? Et pour plus d’émerveillement encore, cette première étoile dont s’approcheront les sondes hors système solaire et à la limite de l’influence magnétique du soleil fait partie d’une constellation nommée « la girafe »! ;)

Pour l’équipe d’Avatar, cette publication spéciale réalisée pour le vingtième anniversaire est également, d’une certaine manière, un groupe d’objets qui brillent en constellation. Ensemble, les quarante-neuf contributions qui la composent représentent un univers hors de toute mesure : l’art. 40 000 ans et la girafe s’amuse toujours! Nous vous souhaitons de belles surprises et des découvertes durant votre exploration de cet univers infini de possibilités!

Un grand merci aux contributeurs pour l'enthousiasme qu'ils ont manifesté quant à l'élaboration de leurs propositions.

Caroline Gagné

Mai 2013

 

SUR LA PISTE D'AVABOUM

Au début - au tout début, avant qu’aucune idée d’incorporation n’ait encore germé -, Avatar s’est appelé Belle Bruit. Oh! pas très longtemps : il y avait dans les premiers temps beaucoup de discussions.

Avatar est né de deux forces croisées : il y avait, d’une part, le besoin d’un organisme dédié à l’art audio à Québec. Depuis les beaux jours de CKRL jusqu’aux festivals organisés par Obscure en passant par les performances sonores au Lieu, Québec a toujours été un haut-fourneau pour la fonte de nouvelles créations sonores. Mais, curieusement, aucune structure ne s’était consacrée à ce champ artistique : toutes aidaient du mieux qu’elles pouvaient, mais en réalité elles regardaient ailleurs. D’autre part, la fondation de la coopérative Méduse avait mis en évidence l’opportunité de créer un tel organisme. L’occasion était trop belle…

Belle Bruit, donc. Déjà, dans ces deux mots, tout un programme pour les années à venir. Belle avait un double sens : référence directe au Bell Labs, d’abord. Ce laboratoire américain est un lieu mythique d’inventions de toutes sortes, et particulièrement d’innovations liées aux communications électroniques. Avec l’inévitable connotation téléphonique sous-jacente, on pouvait penser que la filiation était prometteuse. Belle, aussi, avec un e. Il faut se rappeler qu’au début des années 1990, les arts médiatiques apparaissaient comme le château fort de petits garçons qui régnaient sur leur royaume avec leurs jouets électroniques. Ce e ajouté permettait donc l’évocation d’une possible féminisation du motbruit et, par suite, l’affirmation d’une certaine prise de position sociale vis-à-vis la pratique des arts médiatiques, avec un petit côté cabotin en prime. Bruit, quand à lui, semblait aller de soi. Que nenni!

Bruit avait la fâcheuse qualité d’être partie du nom du groupe d’expérimentation musicale BRUIT TTV, intimement lié au centre Obscure. Comme Obscure faisait déjà partie de Méduse, les sourcils se froncèrent dûment, les allégations de collusion fusèrent et la proposition fut entièrement revue. Pierre-André Arcand convoqua un sommet sur la question. Au moyen d’une distributrice à boules de gomme transformée en dictionnaire aléatoire, il tenta le sort : Fracas!

Fracas fit quelques temps, jusqu’au jour où le même Pierre-André imposa Avatar d’autorité. Sa logique était solide : Avatar est un centre qui se donne comme territoire d’exploration l’art audio, un domaine pour lequel il n’y a pas de fondations académiques. Les personnes qui y prendront part ne peuvent donc pas y être sous la caution de leur première compétence : elles doivent nécessairement avoir été formées à autre chose et faire partie d’Avatar pour des raisons qui ne peuvent pas avoir été reconnues officiellement. Avatar ne peut pas être formé de musiciens, d’auteurs, de compositeurs, d’électroniciens ou d’informaticiens : il ne peut être formé que de personnes qui proposent leurs compétences secondaires, leurs qualités cachées. Ce seront des amateurs-professionnels et les compétences officielles n’auront pas de valeur : elles devront se présenter sous un Avatar quelconque. C.Q.F.D.

Et c’est un fait qui fut maintes fois vérifié.

On pourrait parler ici de Radio Folie/Culture, une création sonore où des artistes de toutes provenances travaillèrent sur un magnétophone multipistes, plusieurs pour la première fois; de la participation avatarienne au Symposium en arts visuels de l'Abitibi-Témiscamingue, pendant laquelle Christof Migone, Diane Landry et Jocelyn Robert s’effondraient sur le trottoir quand cet acte était dicté par la radio locale, le contour des corps ensuite scrupuleusement inscrit à la craie sur le ciment par Migone; des affiches du projet Le vent dans les oreilles, dont le texte et le graphisme suggéraient le son de la ville.

Encore plus clairement, on pourrait évoquer le fait qu’Avatar a été soutenu pendant deux ans, au Conseil des arts du Canada, par le programme « Arts visuels ». Le son sous les yeux. Peut-on rêver meilleure attestation de non-conformité? Il a fallu se plier ensuite aux exigences des rédacteurs de formulaires et inscrire l’organisme aux « Arts médiatiques », mais non sans avoir préalablement prévenu que nous continuerions de publier catalogues de recettes de performances et disques de sonneries d’entrée de maison…

Quand Émile Morin prit la direction artistique d’Avatar en 2001, il en fit changer l’appellation : l’organisme devint l’Association de création et diffusion sonores et électroniques Avatar. L’électronique comprenant ici aussi bien l’informatique que les bricolages de transistors et résistances, la porte était ouverte à toutes les dérives.

Mais, même avec cette extension de la dénomination, le nom désignait toujours l’indésignable. MachinesSupervitesse,WikimémoirePifPaf, sont-ce des mots de l’art sonore? De l’art électronique? Bien sûr que non. Ce sont des termes posés là pour faire image : un peu de poudre aux yeux. Ce qu’Avatar désigne et désignait était l’innommable. En boucle.

Aujourd’hui encore, Avatar n’est pas seulement le son, ni l’électronique. Avatar n’est pas ce qui est écrit dans les formulaires officiels, ni dans ceux des organismes de financement ni dans ceux du centre lui-même. Avatar n’est pas le résultat qu’on pourrait obtenir à l’addition des jalons historiques qui s’y sont accumulés entre les premières rencontres informelles de 1992 et les évènements célébrant le 20e anniversaire en 2013. Avatar n’est pas la somme des compétences qu’on y trouve ni les équipements qui le meublent. Avatar ne se résout pas par l’analyse de l’usage de la girafe comme logo ni par celle de la ménagerie de clipart qui la précéda. Aujourd’hui encore, Avatar n’est ni ceci ni cela. Comme l’avait démontré au tout début Pierre-André Arcand, Avatar ne peut pas être ce que l’on pense qu’il est. Avatar est autre chose.

Jocelyn Robert

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