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Rémergence est, à la base, une réflexion sur les réactions émergentes, c’est-à-dire une propriété qu’a la nature de générer elle-même des erreurs qui vont causer soit la perte, soit la disparition d’un système.
Quand j’ai travaillé sur cette excavation, nous étions au cœur de la tourmente étudiante. Un ami m’avait prêté un livre, « L’insurrection qui vient », un texte d’un groupuscule d’anarchistes anonymes qui se nomment « le comité invisible », et qui ont écrit ce texte dans la foulée des émeutes de la banlieue parisienne en 2006. Le texte que vous allez entendre pendant l’excavation est tiré du livre, d’ailleurs disponible gratos sur le web.
Le livre m’a frappé par sa qualité visionnaire. J’ai pensé en le lisant, en rapport avec ma propre réflexion sur les réactions émergentes : notre société est en train de générer elle-même ce qui va causer sa perte.
Le soir où j’ai eu cette réflexion, en rentrant chez moi, un drôle d’évènement s’est produit. Mon lecteur CD, que j’avais oublié en marche en partant, boguait carrément (le fameux CD scratché) sur un passage musical et créait un genre de rythme inhumain, au-delà de notre compréhension de la musique. Ma machine venait d’inventer par erreur quelque chose qui n’existait pas avant. J’ai écouté ça en l’enregistrant pendant une bonne demi-heure, fasciné par la qualité étrangère de cette musique.
Pleins de liens se sont fait dans ma tête : anarchie, réaction émergente, sabotage, cd scratché, scratcher des CDs.
Ce que vous allez entendre en premier lieu, c’est l’erreur originale. Ensuite, le tout est composé à partir de CDs de musique que j’ai plus ou moins méticuleusement rayés. Beaucoup de CDs ont été maltraités dans le parcours.
Fidèle à la tradition anarchiste d’anonymat, mais surtout parce que j’ai perdu la liste sur laquelle étaient écrits les noms de ceux qui m’ont gracieusement fait don de leur temps et de leur voix, et qu’il serait injuste d’en nommer certains et pas d’autres, vous ne trouvez nulle part les noms des sympathiques individus qui m’ont aidé, sans trop savoir, ni parfois sans trop me connaître. Je les remercie sincèrement.
« Cycle de dérives est ma première œuvre sonore. Elle est le résultat d’une expérimentation qui consistait en la création d’une promenade sonore par l’utilisation de narration et de sons issus d’enregistrements de terrain (field recording) que j’avais moi-même réalisés.
Le projet littéraire à la source de cette pièce s’intitule « Promenades ». J’ai écrit ces textes à partir de randonnées que j’ai effectuées dans les régions de Québec et de la Drôme, en France. Crées in situ, ces « Promenades » évoquent et traduisent mes déambulations physiques et imaginaires, mes flâneries, inspirées des lieux et des gens rencontrés et des états qui m’habitaient à ces moments précis d’errance.
À partir de ces récits fragmentés, j’ai eu envie d’amener les gens à flâner dans ces rues invisibles, ces sentiers et ces chemins de campagnes mi-réels, mi-imaginaires, au son de pas solitaires et de pensées erratiques qui, telles des mantras, déferlent par vagues et reviennent en boucles.
Inspirée par la structure des cycles de mélodies (Song Cycle ou Lieder) propres à la musique classique, je souhaitais créer une pérégrination sonore en « mettant en atmosphère » les espaces traversés et en liant les moments de déplacement aux moments où mon regard, mon oreille ou mon attention s’arrêtaient sur un élément du paysage, sur la vie qui me parvenait par les fenêtres, sur les gens croisés au passage.
Je voulais créer une pièce qui, comme une promenade, serait faite de ruptures, de retournements, de répétitions, d’étapes, de virages, de changements de caps...pour entraîner l’auditeur à dériver dans un univers sonore intimiste, sorte de non-lieu suspendu entre songe et réalité. »
- Ariane Plante, 2011
Narration : Catherine Breton
Improvisations musicales :
Andrée Bilodeau - Violon
Yana Ouellet - Piano et basson
Julie Tremblay - Chant
Ce projet est le premier d’une série qui explore la spatialisation en temps réel à l’aide d’oscillateurs, de divers objets et d’effets audio. Pour sa réalisation, plusieurs microphones furent positionnés au centre du studio et une partition fut accrochée au mur alors que les artistes Jocelyn Robert, Érick d’Orion, François Martig, Lorella Abenavoli, Mériol Lehmann, Frédéric Dumond, Luke Dawson, François Simard, Martin Michaud, Francis Arguin et bien évidemment Erin Sexton, improvisaient avec des objets et dispositifs de tout genres. De cette façon, le groupe d’artistes a interagi avec le son et l’espace en direct sans devoir utiliser des logiciels ou effets spéciaux.